Cent lectures de Marcel Duchamp - 1974

« Jean-Paul Thenot qui a entrepris dans les moments mêmes des dernières années ou de la mort de Duchamp, de recharger le discours moribond de l'art, ne pouvait que rencontrer sur sa route l'inventeur du ready-made et s'interroger, non sur la viabilité de son discours, mais sur la réception générale, c'est-à-dire populaire, de son œuvre. Il a employé à cette fin une méthode qu'il connaissait bien pour l'avoir déjà utilisée plusieurs fois avec profit: celle du sondage psycho-sociologique. Comme d'habitude, il a choisi arbitrairement une centaine de personnes représentatives de la population française (chiffres Insee) et a limité son enquête, d'une part, à quelques travaux majeurs de Duchamp:  Nu descendant un escalier, A bruit secret, Porte-bouteilles, Fontaine, LHOOQ, Une partie d'échecs et Etant donnés... d'autre part, aux titres mêmes des oeuvres, enfin à quelques dates majeures: 1915, 1946, 1968.

La méthode mise en place par Thenot, qui consiste en une dialectique à vocation thérapeutique entre la production d'œuvres dites d'art et leur réception ou lecture et en une réintroduction, en un continuel va et vient entre l'émetteur et le récepteur, des résultats obtenus dans le champ même de l'expérience et, par extension, à l'extérieur de ce champ. Ces  Cent lectures de Marcel Duchamp sont donc beaucoup plus qu'un ouvrage supplémentaire sur Marcel Duchamp et beaucoup plus qu'un produit artistique supplémentaire. Elles constituent, au contraire, un important questionnement de notre véritable situation socio-culturelle et idéologique, mais surtout de notre engagement individuel dans le collectif et, au-delà, dans la direction que se donne jour après jour l'espèce humaine à laquelle il est de mode aujourd'hui d'oublier trop souvent qu'on y appartient. »


François Pluchart, Préface à Cent lectures de Marcel Duchamp1977, Edition augmentée, Yellow Now, 2006.